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Le 21 Octobre 2018, 06h31

Jean-Paul Briand, médecin généraliste à la retraite, réagit aux mesures décidées par la Région Centre-Val de Loire pour tenter d'endiguer le désert médical qui ne cesse de s'étendre. 

« Par cet amalgame, le Président Bonneau démontre qu’il ignore qu’un front commun des médecins n’existe pas sur ce sujet », Jean-Paul Briand. 

FEUILLE DE SOINS - Jean-Paul Briand, médécin généraliste orléanais à la retraite et citoyen très impliqué dans la vie de la cité, a rédigé pour apostrophe45, cette tribune qui fait suite, et écho, à une conférence de presse tenue très récemment par le président de la Région, François Bonneau, sur le thème de la lutte contre la désertification médicale. Avec, pour point d'orgue de l'action politique mise en œuvre par la collectivité régionale, la volonté d'instaurer « un conventionnement différencié des médecins généralistes selon leur zone d’installation pour faire face à la situation ». Une mesure que Jean-Paul Briand trouve inefficace, et pour tout dire démagogique. Voici sa tribune in extenso. 

« À la veille d’une discussion à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi visant à lutter contre la désertification médicale, le président de la Région Centre-Val de Loire,  François Bonneau, accompagné d’Anne Leclercq, vice-présidente déléguée à la Santé et aux Formations sanitaires et sociales, ont souhaité discuter de ce sujet avec la presse locale le 17 janvier 2018.

« Les MSP ne sont plus autant en vogue»

Il faut reconnaître que la collectivité régionale s’est préoccupée du problème de la pénurie médicale depuis de nombreuses années. Lors de sa séance plénière du 19 octobre 2017, que présidait François Bonneau, le Conseil régional a présenté ses mesures pour la santé. L’accent a été mis sur la très importante contribution financière de la Région pour la création de Maisons médicales pluridisciplinaires (MSP). Les sommes prévues ne doivent probablement plus cadrer avec les contraintes budgétaires actuelles, et les MSP ne sont plus autant en vogue, puisque le Président Bonneau semble désormais militer pour la fin de la liberté totale d’installation des médecins généralistes. Ainsi, la Région Centre-Val de Loire réaffirme « la mise en œuvre d’un conventionnement différencié des médecins généralistes selon leur zone d’installation pour faire face à la situation ».

« Un front commun des médecins n’existe pas»

Dans l’annonce de cet entretien avec la presse, le service de la communication de la présidence régionale déclare que la restriction à l’installation pour les médecins est « rejetée avec virulence par les médecins libéraux et par les gouvernements successifs qui ne veulent pas d’un front des médecins ». Par cet amalgame, le Président Bonneau démontre qu’il ignore qu’un front commun des médecins n’existe pas sur ce sujet. En raison de cette attitude inopportune et de ceux qui la soutiennent, ce front risque bel et bien de se construire autours des partisans d’un libéralisme médical le plus rétrograde et conservateur qui soit…

« Le Président Bonneau n’a-t-il pas exigé un état des lieux précis ?»

La présidence régionale ne sait donc pas que la médecine générale est de plus en plus délaissée par les étudiants. Dans son rapport du 14 décembre 2017, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) constate que « la médecine générale attire moins que d’autres spécialités. Actuellement, sur une promotion de 100 étudiants en fin d’études, seuls 25 % environ vont s’installer en médecine ambulatoire dont 15 % en médecine générale ».  A-t-on oublié qu’il existe une chute inexorable des effectifs des généralistes, en faculté comme en installation, et que l’INSEE du Centre Val de Loire a prévu qu’un généraliste sur deux devra être remplacé d’ici 2023 dans notre région ? N’a-t-on pas observé que l’installation libérale n’attire plus ? D’après le recensement effectué par l’Ordre des médecins, durant la dernière année, 66% des nouveaux médecins inscrits dans nos six départements,  toutes spécialités confondues, le font en salariat, contre 16,6% en libéral. Peut-on en conclure que le Président Bonneau n’a pas exigé un état des lieux précis avant de réclamer des restrictions à l’installation en libéral des généralistes ?

« Un bel aveu d’échec de la promotion dispendieuse des MSP»

Ce militantisme soudain pour la fin de la liberté d’installation pourrait être considéré comme un bel aveu d’échec de la promotion dispendieuse des MSP. Elle peut être aussi la conséquence d’une analyse superficielle, voire erronée, des causes et remèdes de ce qu’on appelle communément la désertification médicale. Néanmoins, c’est surtout un authentique message contreproductif et désastreux, vers les étudiants et les jeunes médecins en instance d’installation qui va accentuer la désaffection pour la médecine générale ambulatoire et aggraver ainsi la désertification médicale.

« Mettre en place  une nouvelle organisation du système médical français »

Bien évidemment, le Président Bonneau et ses conseillers connaissent parfaitement ce délicat dossier. Le rapport du Président du Conseil régional, intitulé « 35 mesures pour garantir l’accès aux soins de tous en Centre-Val de Loire : un droit fondamental, une priorité majeure », en est la preuve évidente. Le Président Bonneau et ses conseillers savent assurément qu’il faudra impérativement étudier puis mettre en place  une nouvelle organisation du système médical français. Ce travail devra s’effectuer avec les nouvelles générations de médecins, comme le préconise dans son rapport du 8 janvier 2018 l’étude du thing tank progressiste « Terra Nova ». De même, il sera nécessaire de redéfinir la notion de libéralisme médical qui date de 1927 et dans ce cadre revoir, entre autres, la liberté d’installation. Les soins de première ligne devront être prioritairement valorisés. Cela nécessite d’apporter un autre de regard sur la médecine générale et plus largement sur les spécialités cliniques de premier recours. Cette réflexion doit se faire à la fois du côté des médecins et des étudiants mais aussi du côté des patients, comme le recommande le CESE dans son tout dernier rapport.

« Un reliquat délétère de comportements politiciens fossiles et peu glorieux »

Doit-on imaginer que cette remise en cause de la liberté d’installation, même partielle, appelée sobrement « régulation » par M. Bonneau, a une autre origine ? Compte tenu de la probité reconnue du Président Bonneau, de son implication totale et entière à la tête de la Région, démontrée notamment par son refus du cumul des mandats, peut-on craindre qu’il s’agit-là d’un reliquat délétère de comportements politiciens fossiles et peu glorieux : la démagogie ?

Devant les difficultés d’accès aux soins de proximité par de très nombreux habitants de notre région, particulièrement touchée par la désertification médicale, il est à craindre que notre Président de région souhaite démontrer à ses électeurs son activisme résolu en se faisant le promoteur de cette « régulation du conventionnement des généralistes ». Il sait pertinemment que le projet de loi porté par le groupe Nouvelle Gauche sera rejeté par la majorité actuelle, comme le fut, par une majorité parlementaire socialiste, la proposition de loi quasi identique, présentée en octobre 2016 par M. Philippe Vigier, député d’Eure–et-Loir et conseiller régional jusqu’en 2014. Si M. Bonneau veut démontrer un pragmatisme déterminé dans sa lutte contre la désertification médicale, il peut aisément le faire en soutenant enfin la création d’un Centre hospitalier universitaire (CHU) à Orléans. CHU qui permettrait un recul réel, démontré et durable de la désertification médicale dans notre région ( http://petitionpublique.fr/Default.aspx?pi=NHUO ).

 

Pour soutenir la création d'un CHU à Orléans, vous pouver signer la pétition suivante en liquant sur le lien suivant. http://petitionpublique.fr/Default.aspx?pi=NHUO