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Le 18 Août 2018, 15h59

Stéphanie Rist, députée LRM du Loiret, publie une tribune dans laquelle elle explique pourquoi elle n'est pas favorable au fait de déconventionner les praticiens qui s'installeraient dans les lieux où le nombre de médecins est suffisant.

« ll ne suffit pas de reprendre à son compte une demande qui prétend gommer les symptômes pour guérir les causes », Stéphanie Rist.

QUAND LE DÉSERT AVANCE- Dans une tribune adressée à la rédaction, Stéphanie Rist, députée LRM de la 1ère circonscription du Loiret, explique les raisons pour lesquelles elle ne votera pas la proposition de loi du groupe Nouvelle Gauche « qui propose de déconventionner les médecins qui s’installeraient dans des zones « sur-dotées » » et ce, afin de lutter contre la désertification médicale. Voici son texte en intégralité.

« Alors que l’année commence, la rentrée parlementaire annonce des débats de fond. À l’Assemblée nationale, nous aurons à nous prononcer dès cette semaine, sur la proposition de loi du groupe Nouvelle Gauche « visant à lutter contre la désertification médicale ». 

« Elle part de constats justes pour proposer de mauvaises solutions »

En tant que médecin, en tant que députée engagée depuis longtemps contre la désertification médicale et pour l’accès aux soins, je ne voterai pas cette proposition de loi. Elle part de constats justes pour proposer de mauvaises solutions. 

C’est vrai, la désertification médicale est une réalité. C’est vrai, elle ne concerne plus simplement les zones rurales, mais un nombre croissant de villes. Médecin hospitalier à Orléans pendant plus de 15 ans, j’ai été aux premières loges pour le constater. Mais il ne suffit pas de dénoncer le mal pour lui apporter un remède. C’est vrai, la demande est forte, partout en France, pour contraindre les médecins à s’implanter, notamment par le biais du conventionnement. 

Mais il ne suffit pas de reprendre à son compte une demande qui prétend gommer les symptômes pour guérir les causes. 

Le coeur de la proposition de loi vise à limiter l’implantation de nouveaux médecins conventionnés dans des zones déjà bien dotées en praticiens libéraux. Cela suppose qu’il existe dans notre pays un temps médical suffisant, mais mal réparti. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. 

Dans ces zones prétendument sur-dotées, le dé-conventionnement n’est pas un outil efficace. Son effet désincitatif ne compense pas les avantages objectifs du lieu de vie et des conditions de pratique offerts par ces zones à un médecin non conventionné. 

D’ailleurs, cette proposition a été formulée sans concertation avec les praticiens. Après des années de rapports très tendus entre le monde politique et le monde médical, elle risque de détériorer la situation alors que la démarche de concertation privilégiée depuis juin par le gouvernement et la majorité a permis d’améliorer la confiance des professionnels de santé. 

« Nous devons penser plus grand, pour ne pas poser des pansements sur des plaies de plus en plus béantes »

Cette proposition ne réglerait donc ni le problème apparent, ni ses causes profondes, et sans impliquer ceux qui en assumeront les premières conséquences. 

Nous devons penser plus grand, pour ne pas poser des pansements sur des plaies de plus en plus béantes, en se donnant bonne conscience par des mesures populaires, mais simplistes. 

Force est aussi de constater que notre politique territoriale de santé manque de cohérence. 

Enfin, en ce qui concerne la formation, les problèmes sont nombreux. A l’heure actuelle, le taux d’échec au terme de la première année de médecine est considérable – de l’ordre de 75% à 80%. Cette situation entraîne de réels problèmes, tant pour les étudiants et leurs familles que pour notre système de santé et l’attractivité des études de santé en France, confrontées à une concurrence européenne. 

En Automne dernier, le gouvernement a annoncé une série de propositions pour faciliter l’accès aux soins, dont l’amélioration passe évidemment par une promotion de la télémédecine, une incitation aux pratiques avancées, un doublement du nombre de maisons de santé pluriprofessionnelles entre autres. Ces mesures sont essentielles, nécessaires. Elles se heurtent pourtant, encore une fois, au manque de temps médical disponible.

« Nous ne pouvons pas nous précipiter »

Les enjeux sont gigantesques. Nous devons agir vite. Mais nous ne pouvons pas nous précipiter, en laissant passer l’occasion d’inventer les moyens d’y répondre de manière sérieuse, responsable, à long terme ; au risque sinon d’en payer le prix – ou, le plus souvent, de laisser les plus faibles le payer. 

C’est pourquoi je travaillerai sans relâche pour construire un système de santé juste et efficace. Pour repenser l’accès aux études de médecine, développer et évaluer la coopération hospitalière dans les territoires, assurer un suivi des mesures déjà annoncées pour qu’elles tiennent toutes leurs promesses. 

C’est pourquoi je ne voterai pas cette proposition de loi inefficace et court-termiste. »