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Le 25 Novembre 2017, 06h25

Littérature

Sujets littéraires

DÉCÈS - Iconoclaste, inclassable, touche-à-tout, aristocrate, journaliste, critique littéraire, attaché à ses terres tourangelles, auteur distingué par le prix Interallié en 2002 pour Les Vieillards de Brighton, et organisateur, chaque été, de la désormais très prisée Forêt des livres, à Loches (Indre-et-Loire), l’écrivain Gonzague Saint Bris est mort à 69 ans dans un accident de voiture en Normandie, dans la nuit du lundi 7 au mardi 8 août. 

TÉNÈBRES ET LUMIÈRE - Le sujet est méconnu, il est en outre fascinant. « Tout est vrai sauf ce qui est vraisemblable », lâche François Guéroult, journaliste pour France Bleu Orléans et auteur de L’Autre Goering. L’autre, en effet, car Herman Goering, l’homme fort du Troisième Reich, le commandant en chef de la Luftwaffe, l’impitoyable bras droit d’Hitler, avait un jeune frère, Albert, qui était son exact contraire. « Albert était humaniste, antinazi, il a sauvé des Juifs à l’insu de son frère », explique François Guéroult qui a donc relevé le pari littéraire, et historique d’une certaine manière, de raconter cet autre « Goering » dont l’histoire et le parcours ont été écrasés évidemment par l’horreur des actes commis par son aîné. « À la fin de la guerre, Albert Goering, qui était proche de résistants tchèques, s’est rendu de lui-même aux Américains. Compte tenu de son nom, il a été cuisiné car les Américains avaient du mal à croire que le frère d’Hermann Goering puisse avoir été dans la résistance. Et puis, un homme est venu vers lui et lui a dit qu’il était le neveu d’une personne qu’Albert avait sauvée. Il y a quand même eu un procès à l’issue duquel Albert a été acquitté », souligne François Guéroult. 

ANTI-SYSTÈME - Les yeux de Marc Arnaud, auteur et fondateur de « Nos illustres inconnus », sont actuellement rivés sur le compteur de la base de crowfounding kisskissbankbank.com. Et pour cause. Son projet de maison d'édition solidaire et participatif tient à l'engagement - qui s'accompagne aussi d'un soupçon de générosité - des lecteurs potentiels, désireux de lire « une autre littérature ». Celle qui est boudée par les grandes maisons d'édition que sont Gallimard, Plon et consorts « parce que le manuscrit ne répond pas à telle ou telle ligne éditoriale, à tels ou tels codes, ou parce que vous n'êtes pas recommandé. Nous, nous voulons rendre positif un premier échec, en le transformant en un atout. » (...)

EXEGESE. On connait l’appétence de Jean-Pierre Sueur pour l’œuvre de Charles Péguy.  Il en connaît les écrits, les tourments et les engagements. En péguyste éclairé et vigilant, le sénateur du Loiret nous interpelle sur un article publié par Claire Daudin, coéditrice de la nouvelle édition des œuvres de Charles Péguy dans La Pléiade,  publié dans la revue de l’« Amitié Charles Péguy » et intitulé « Pour en finir avec grand poète catholique ». (...)

Douglas Kennedy (photo: apostrophe45)

SUCCES. Sans le revendiquer, et peut-être même le savoir, Douglas Kennedy, 60 ans, romancier américain à succès en France, a un petit côté célinien dans son goût immodéré pour le voyage et son besoin d’écriture, ses deux viatiques à l’ennui. Mercredi, en fin d’après-midi, l’auteur était à la librairie Passion Culture pour dédicacer son dernier ouvrage, Mirage (éditions Belford, 425 pp, 22,50 euros) qui, comme les précédents, devrait obtenir un accueil enthousiaste des lecteurs français. Ils étaient très nombreux d’ailleurs dans la fille d’attente de la librairie orléanaise pour obtenir une dédicace du romancier étranger sans doute le plus lu en France avec 7 millions d’ouvrages déjà vendus. apostrophe45 s’est entretenu avec Douglas Kennedy avant qu’il n’entame son marathon de signatures. (...)

LITTÉRATURE. Les librairies orléanaises sont prêtes. Prêtes, mercredi 7 janvier, à disposer sur leurs étagères en bois le sixième roman de Michel Houellebecq, Soumission, 300 pages tirées à 150.000 exemplaires par les éditions Flammarion. 

Un roman de Houellebecq est considéré comme un événement littéraire en France d'abord parce que les écrivains dignes des grands romanciers réalistes du XIXe siècle sont rares. « Nous en avons commandé quinze, ce qui est beaucoup pour une petite librairie comme la nôtre. Les personnes viennent pour ce livre, c'est un auteur qui fait déplacer les gens, qui aiguise la curiosité », commente Jean-Jacques pour la librairie Les Temps Modernes, à Orléans. 

 
Antoine Volodine (Photo DR)

PRIX MÉDICIS - Ancien professeur de russe au lycée Pothier à Orléans entre 1975 et 1987, l'écrivain Antoine Volodine a reçu le Prix Médicis pour son roman «Terminus radieux» aux éditions du Seuil.

INSPIRATION. Seuls celles et ceux qui sont allés au bout du roman de Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut (Albin-Michel), prix Goncourt 2013, - et qui n'ont, au passage, aucun mérite tant ce roman picaresque est jubilatoire de bout en bout - ont découvert, dans la page dédié aux remerciements, celui formulé, de manière liminaire, à l'égard d'Antoine Prost, historien orléanais bien connu, spécialiste de la société française au XXe siècle, et ancien conseiller municipal sous l'ère de Jean-Pierre Sueur (1989-2001). 

POÉSIE. C'est dans une cuisine familiale que le poète chinois Yu Jian a tenu à recevoir apostrophe45, ce mardi 7 septembre, quelques heures avant son entrée sur la scène du Centre chorégraphique national d'Orléans. Pourquoi une cuisine ? Sans doute parce que des gestes simples et essentiels s'y déroulent. Et que la cuisine n'est pas la pièce du pouvoir, le lieu où les décisions importantes se prennent. Bien plus précieuse, elle demeure un lieu stratégique d'observation, d'écoute, en catimini, retranché.

« J'aime les choses stables et simples, comme le sel », Yu Jian

Et le lien est sans doute là avec la poésie de Yu Jian, éminent représentant de ce que les spécialistes nomment les poètes chinois de la troisième génération, une poésie nue, épurée, simple, ancrée dans le quotidien d'une Chine provinciale qui en révèle les intonations politiques, voire contestataires. « Ma poésie pourrait se résumer en une expression : la vie quotidienne. Il y a un aspect politique bien sûr dans la description de cette réalité. Il se révèle ainsi. J'aime les choses stables et simples, comme le sel. La poésie orale qui est la mienne prend une forme simple, qui s'écarte d'une langue stéréotypée qui créé un nouvel espace d'expression », confie Yu Jian en chinois, via la traduction minutieuse de Li Jinjia, jeune universitaire chinois installé à Orléans.

Si le poète observe et décrit cette réalité sociale, politique, familiale, il le fait d'un poste d'observateur, donc. Depuis sa cuisine. « C'est un choix personnel. Certains critiques ont dit que je tenais cette position parce que je n'avais pas pu rentrer dans les cénacles, s'amuse-t-il. Mais pour moi, l'idée de la distance est très importante. J'aime prendre du recul. C'est une distance spirituelle, pas celle d'un ermite qui vit dans la montagne. J'observe ce qui se passe en Chine d'un point de vue volontairement extérieur, d'une position volontairement marginale. Je me cache à deux pas de la table, dans le noir, et j'observe les gens qui mangent »

 Il fut soudeur en usine pendant la révolution culturelle

Visage rond, crâne rasé, tunique violette traditionnelle, Yu Jian, 60 ans, dégage une apaisante tranquillité. Aujourd'hui, il est considéré comme l'un des plus éminents représentants de la poésie chinoise contemporaine. Son poème Dossier 0 publié en Chine en 1994, et en 2005 en France, lui a assuré un rayonnement hors des frontières chinoises, tout comme Un vol, édité par Gallimard en 2010. 

Une longue discussion à bâtons rompus avec Yu Jian, et en présence de Claude Mouchard, fin connaisseur de cette poésie - dont il publie des extraits dans la revue Po&sie-, nous renvoie à cette Chine de la province du Sud, le Yunnan, où il vit depuis toujours. Il y fut soudeur en usine pendant la révolution culturelle chinoise à la fin des années 60. Aujourd'hui, il est rédacteur dans « une unité de travail » qui publie un périodique officiel, donc sous le joug d'un contrôle idéologique fort. 

La poésie de Yu Jian

Le poète chinois (par Apostrophe 45)

 

« Il y a eu, pendant ces années-là, une relative relâche dans la censure et dans le contrôle idéologique »

C'est donc dans la poésie, mais également dans la photographie et le cinéma, que Yu Jian inscrit son œuvre personnelle dans une Chine qui a connu un engouement pour la poésie à la fin des années 80. « Il y a eu, pendant ces années-là, une relative relâche dans la censure et dans le contrôle idéologique et nous en avons profité pour publier nos poèmes, mais aussi pour lire les poètes étrangers », explique Yu Jian qui fut à la tête d'une revue de poésie intitulée Il. Elle marqua un tournant dans la poésie contemporaine chinoise quand elle permit la vulgarisation de jeunes poètes, représentants de cette école de la « poésie orale », et tenus jusqu'alors à une grande confidentialité. Pour ne pas dire prisonniers d'un lectorat familial. Yu Jian se souvient alors d'une jeunesse chinoise qui s'éprend de poésie et qui prend position dans des stades de 50.000 places pour entendre des poètes réciter leurs vers. Lui, a eu accès, par fragments, et de manière sporadique, aux grands poètes français qu'il a tant admirés alors : Rimbaud, Baudelaire, Valéry, Prévert, et même Ronsard.

Ce soir, au CCN d'Orléans, dans le cadre des soirées « Poésie », Yu Jian fera connaître quelques-uns de ses vers au public orléanais. Il entamera ensuite une petite tournée française - après avoir fait une halte à Paris en début de semaine - pour diffuser plus largement son œuvre. Avec la difficulté ensuite de pouvoir la trouver en librairie...

Anthony Gautier

Voilà la traduction du poème récité par Yu Jian

Un arbre
garde ses distances avec le ciel
garde ses distances avec un autre arbre
garde ses distances avec une autre espèce de fruit
garde ses distances avec un autre terreau
garde ses distances avec une autre source
les garde avec un autre envol d'oiseaux
il lui faut garder ses distances avec toutes choses
il lui suffit d'un pas pour prendre le ciel
perdre le terreau l'eau les oiseaux
pour perdre son rang
lui reste la mort

ORLÉANS. Seul Péguy pouvait le faire revenir à Orléans. Depuis 2004, Yann Moix, prix Renaudot 2013 pour Naissance (Grasset), n'avait pas remis les pieds dans la cité johannique qui fut pourtant celle de son enfance et de son adolescence. Non que l'écrivain ait un quelconque ressentiment contre la ville elle-même. Il affirme d'ailleurs qu'il la trouve même plutôt agréable. Non, en réalité, cette ville est inexorablement attachée au souvenir, traumatisant et fécond, de ses parents si peu aimants, et de cette filiation, justement, dont il décrit la cruauté dans cette somme de plus de 1.000 pages que représente son dernier roman primé. (...) 

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