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Le 20 Janvier 2018, 23h56

Entretien avec le député socialiste de l’Ardèche, invité de la traditionnelle Fête de la Rose, ce dimanche à Ingré. Son regard est sans concession.

«Le PS aujourd’hui est la famille politique dans laquelle je retrouve les valeurs qui sont les miennes et qui justifient mon engagement politique. Si j’avais voulu faire un choix d’opportunité, j’aurai demandé l’investiture de la majorté présidentielle. J’ai pris le risque de rester fidèle à ce parti-là. »

PAS VRAIMENT ROSE - Le député PS de l’Ardèche est également président de l’Association des petites villes de France. L’occasion pour apostrophe45 de lui demander de dresser un bilan du premier trimestre d’Emmanuel Macron avec lequel les débuts ont été plutôt musclés lorsque ce dernier n’était encore que ministre de l’Économie. Socialiste pur jus, Olivier Dussopt pose également un avis éclairé sur l’avenir de son parti en grande difficulté au sortir des dernières élections.

apostrophe45. Vous êtes l’invité d’honneur de la Fête de la Rose, dimanche à Ingré, la première post-quinquennat de François Hollande. Quel premier bilan dressez-vous après un peu plus de trois mois d’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron ?
Olivier Dussopt (député PS de l’Ardèche). Je fais partie de ceux qui ont été élus avec une étiquette socialiste aux législatives car je n’ai pas voulu changer d’étiquette à ce moment-là et resté fidèle à mes convictions. Et ce face à une candidate de La République En Marche au deuxième tour. J’ai fait campagne en m’appuyant sur deux axes prioritaires : être constructif et exigeant. Être constructif, on l’est dans la mesure où le groupe PS à l’Assemblée nationale s’est très largement abstenu, lors de la déclaration de confiance au gouvernement. Il n’a pas voulu créer un premier acte d’opposition. Être exigeant, on l’est aussi et on peut constater, au bout de quelques mois, qu’il y a deux difficultés principales : d'abord, il y a dans cette assemblée un sentiment de flottement avec parfois des députés qui occupent des responsabilités sans avoir été préparés. Mais je fais le pari que cela va s’arranger dans les semaines, voire les mois à venir. Ensuite, les premiers signaux envoyés par le président de la République et par le gouvernement sont des signaux politiques plutôt marqués à droite ou par le libéralisme que par la volonté de concilier la gauche et la droite comme il l’avait annoncé. Je pense notamment à la baisse des APL comme aux ordonnances sur la loi Travail.

apostrophe45. Mais vous ne lui faites pas confiance pour que tout cela s’arrange ?
Olivier Dussopt. Je formule le souhait, en effet, que cela s’arrange pour une raison simple, c’est que lorsqu’on est en responsabilité et qu’on a la chance d’être parlementaire, personne n’a le droit de faire le pari de l’échec d’un quinquennat. Je souhaite donc que le président de la République puisse réussir mais c’est à lui de donner les inflexions nécessaires et de tenir compte de son électorat, et pas seulement celui de la droite. Cette élection, par sa volonté mais aussi par les circonstances avec la montée du Front national, a réuni autour d’Emmanuel Macron des gens de tous les horizons. Il doit s’en souvenir.

«Macron doit tenir compte de son électorat»

apostrophe45. Est-ce que vos rapports avec Emmanuel Macron se sont apaisés ?
Olivier Dussopt. L’affaire à laquelle vous faites référence est un épisode qui a été suivi d’une rencontre bien plus apaisée. Nous avons, lui et moi, une relation non seulement apaisée mais aussi amicale. Parfois, pour se connaître, il faut bien se dire les choses. Nos relations sont donc amicales mais directes. Cela n’empêche pas d’avoir des désaccords, des divergences et de dire quand les choses sont bonnes.  

apostrophe45. Vous avez été maire d’Annonay et vous êtes député de l’Ardèche, ainsi que Président de l’association des pettes villes de France. Vous êtes-vous senti offensé, lorsque le gouvernement a annoncé sans concertation de nouvelles baisses des dotations de l’État pour les collectivités, ainsi que la suppression massive des contrats aidés ?
Olivier Dussopt. La politique de ce gouvernement à l’égard des collectivités locales fait partie des points sur lesquels nous sommes en opposition. Et là encore, sur des positions de forme et de respect. On ne peut pas, le 17 juillet à la conférence nationale des territoires, tenir un discours consistant à promettre un changement de méthode et de respect, à promettre également la transparence et la sincérité, et trois jours plus tard, supprimer par décret 300 millions d’euros de crédits de paiement pour des dotations d’investissements. Et surtout, il aurait été souhaitable de ne pas laisser un responsable de la majorité (Castaner, NDLR) expliquer qu’il y a trop d’élus en ayant des mots particulièrement vexants à leur endroit. L’effort demandé par le président de la République aux collectivités (13 milliards d’euros) est surestimé, voire intenable. C’est injuste. Nous avons déjà réalisé un effort considérable. De plus, annoncer au milieu du mois d’août la diminution drastique du nombre d’emplois aidés et le dire en incriminant le gouvernement précédent, c’est une méthode que je considère comme brutale et totalement précipitée. Cela a gâché une rentrée scolaire qui aurait pu se passer dans de bonnes conditions avec des dédoublements des classes de CP et des ouvertures de classes. 

«La rentrée a été gâchée»

apostrophe45. Pensez-vous qu’Emmanuel Macron souffre d’une certaine forme de méconnaissance de l’exercice du pouvoir par les élus locaux ?
Olivier Dussopt. Je pense que le président de la République, pour avoir été élu aussi vite et aussi jeune, a quelques compétences donc je ne lui ferai pas ce procès personnel. Dans sa majorité comme dans son gouvernement, il manque en revanche des gens qui soient en capacité de comprendre les problématiques locales, et de percevoir la différence entre un discours idéologique et la réalité du terrain. Il suffit de prendre la problématique des emplois aidés. 

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apostrophe45. Le thème de la journée de dimanche, à la fête de la Rose, reposera sur une question existentielle pour votre famille politique, puisqu’il s’agira de répondre à : «Qu’est-ce qu’être socialiste aujourd’hui ?» Avez-vous un début de réponse ?
Olivier Dussopt. Si un élu socialiste avait la réponse, on l’aurait d’abord repéré et désigné chef du parti, voire candidat à la présidentielle de 2022 ! Il faut que chacun puisse apporter ses éléments et sa contribution. J’ai surtout la conviction que le PS a payé son incapacité à trancher un certain nombre de débats. Il a payé aussi sa volonté de toujours vouloir rassembler, au risque de rassembler autour d’un filet d’eau tiède. Il faut savoir trancher et savoir renouveler. J’aime l’expression : la gauche du réel. Nous avons des centaines d’élus locaux qui sont impliqués sur leur territoire, donc appuyons-nous sur ceux qui répondent aux valeurs cardinales du PS : égalité,  égalité des chances, solidarité, promotion sociale, émancipation, etc. Si nous sommes socialistes, c’est parce que nous avons des points communs, des valeurs communes qui peuvent être rédigés autour de déclarations de principe et d’engagements tenus, lors de cette dernière décennie. Plutôt que s’affronter dans cette sorte de jeu stérile d’opposition d’émotions, que nous avons connu tous les trois ans et qui se termine toujours par une synthèse hypocrite, autant que nous travaillons sur un tronc commun que nous pourrions soumettre ensuite à nos militants et adhérents. Qu’on leur propose de déposer des amendements et qu’on en discute tous ensemble pour avancer et éviter ainsi les lignes de divisions.

«Dans ce pays, il y a encore un espace pour le Parti socialiste»

apostrophe45. Le PS a donc encore un avenir, il n’est pas mort…
Olivier Dussopt. Je le souhaite, je l’espère et je pense que dans ce pays, il y a encore un espace pour le Parti socialiste, ce parti social-démocrate en lien avec le mouvement social, la question du droit du travail, de l’accès à l’éducation et à la culture. Ça n’implique pas nécessairement de s’insérer dans telle ou telle nouvelle formation politique mais d’être fidèle à ce que l’on est. 

apostrophe45. Vous n’avez jamais pensé à quitter le PS ?
Olivier Dussopt. S’interroger sur l’avenir du PS et sur la place que l’on y occupe, je crois que c’est le propre des militants aujourd’hui. On a connu une forme de désarroi individuel et collectif. On a tous eu cette idée tant le désarroi était grand. On a vu aussi l’ampleur de la défaite et le traumatisme qu’elle a généré. D’autant que cette défaite n’a pas été subie mais plutôt annoncée par des divisions internes et une capacité à s’autoflageller. Le PS aujourd’hui est la famille politique dans laquelle je retrouve les valeurs qui sont les miennes et qui justifient mon engagement politique. Si j’avais voulu faire un choix d’opportunité, j’aurai demandé l’investiture à la majorité présidentielle. J’ai pris le risque de rester fidèle à ce parti-là. Je considère avoir été fidèle et à avoir travaillé loyalement lors du mandat précédent, ce que je continuerai à faire avec une opposition aussi constructive que possible. Parmi les nécessités du PS, il y a celle de tourner la page et de changer de direction pour repartir sur de nouvelles bases, plus saines. L’équipe de direction qui nous a conduits ces dernières années doit céder la place à une nouvelle équipe. Je regrette juste que le congrès (en 2018) soit si loin. 

apostrophe45. Justement, l’attitude de Jean-Christophe Cambadélis, qui est toujours à Solférino malgré l’annonce de sa démission du parti socialiste après la débâcle des législatives, vous choque-t-elle ?
Olivier Dussopt. À sa place, j’aurais donné ma démission au soir des résultats des élections législatives, voire au soir du premier tour de la présidentielle. Cambadélis est en situation des affaires courantes, en attendant le congrès qui est lointain. Je pense que ça fait partie des choses qui constituent, là aussi, un frein à notre reconstruction. 

«On doit désormais compter sur la nouvelle génération d’élus locaux pour reconstruire le Parti socialiste»

apostrophe45. Regrettez-vous, avec le recul, la candidature socialiste de Benoît Hamon, désigné par la primaire de la Belle alliance populaire, qui entend aujourd'hui créer son propre mouvement ? Vous parliez de fidélité…
Olivier Dussopt. Benoît a eu l’occasion à plusieurs reprises de regretter le manque d’engagement et de fidélité de tel ou tel responsable socialiste. Quitter notre parti (le PS) et créer son propre mouvement, là encore, c’est une forme de contradiction que je regrette. Je rangerai cet épisode au rang des oppositions stériles et des vieilles méthodes. On doit désormais compter sur la nouvelle génération d’élus locaux pour reconstruire le Parti socialiste. 

apostrophe45. Les sénatoriales sont-elles un enjeu décisif pour l’avenir du parti socialiste, selon vous ?
Olivier Dussopt. C’est d’abord décisif pour la France car c’est l’occasion de maintenir une assemblée parlementaire, autre que l’Assemblée nationale, avec des élus qui ont l’expérience du terrain. Et c’est décisif aussi pour le PS car cela permettra de maintenir une expression et une force parlementaire au niveau national. Celle de l’Assemblée a été très largement affaiblie. Donc, il faut que l’on conserve cette capacité de nous exprimer au Sénat. 

Propos recueillis par Richard Zampa