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Le 25 Novembre 2017, 06h43

La colère gronde après l’abandon du projet d’implantation d’un lycée à Châteauneuf-sur-Loire au profit de la métropole orléanaise.

« Le projet de lycée à Châteauneuf-sur-Loire est nécessaire au développement du bassin de vie, mais surtout pour permettre aux citoyens de ce bassin d'avoir la même qualité de vie que ceux de la métropole. Vivre dans les zones rurales ou péri-urbaines ne devrait pas être discriminatoire. »

DISCORDE - L’implantation d’un nouveau lycée s’accompagne généralement de déclarations publiques flatteuses et de remerciements débités sur un très haut débit par l’aéropage chargé de conduire pareil projet. Concernant la localisation du futur lycée de l’est-orléanais, force est de constater que les voix sont discordantes, selon que l’on soit originaire des champs ou des villes. Si de part et d’autre les besoins sont bien réels, il s’agit surtout de définir, autant que possible, une politique équilibrée en termes d’aménagement du territoire et d’en assumer sa structuration concrète sur le terrain, au lendemain de campagnes électorales interminables (présidentielle, législatives, sénatoriales) mettant justement l’accent sur la nécessité de ne plus opposer urbains et ruraux. Autrement dit, métropole orléanaise et campagne. Or, après deux études sur l’implantation d’un futur lycée dans l’est-orléanais, c’est la ville-centre qui a été préférée à la commune rurale de Chateauneuf-sur-Loire (moins de 8.000 habitants), toutes deux distantes de 25 km. 

Une discrimination ?

Pour exprimer leur mécontentement, plus d’un millier de personnes ont d’ores et déjà signé une pétition en ligne, à l’inititative du groupe La France Insoumise (Châteauneuf-sur Loire, Saint Denis de l'Hôtel, Jargeau, Tigy, Sigloy, Vitry-aux-Loges, etc.) afin d'exprimer leur déception quant à l’abandon du projet de lycée à Châteauneuf-sur-Loire : « C’est une catastrophe pour tout un bassin de vie mais surtout pour beaucoup de personnes: les lycéens qui doivent subir des temps de trajets beaucoup trop long et les familles qui doivent financer des internats sans en avoir forcément les moyens. Ce choix de la Région et du rectorat accentue la marginalisation des zones rurales et péri-urbaines du Loiret au profit de la métropole Orléanaise », peut-on lire sur le site Change.org. « Le projet de lycée à Châteauneuf-sur-Loire est nécessaire au développement du bassin de vie, mais surtout pour permettre aux citoyens de ce bassin d'avoir la même qualité de vie que ceux de la métropole. Vivre dans les zones rurales ou péri-urbaines ne devrait pas être discriminatoire. » 

Des données chiffrées

Néanmoins, les données fournies par les études ne traduisent pas forcément une lecture aussi simple du problème. Une étude diligentée par la Région Centre-Val de Loire avaient d’abord montré le bien fondé de cette implantation d’établissement à Châteauneuf-sur-Loire. Le projet était même acté depuis un an. Une autre étude du rectorat a ensuite soulevé une implantation plus « problématique (…) où il est difficile d’avoir un avis conforme » -, contredisant de facto l’étude commandée par la Région. Selon les explications apportées par ce nouvel opus, « la pression » démographique se ferait plutôt sentir dans les années à venir « sur la zone métropolitaine », tandis que la tendance sur le territoire de Châteauneuf-sur-Loire indiquerait « un tassement » dans un futur proche. « Surtout que cela pourrait avoir pour conséquence une diminution des effectifs du Giennois », ajoute François Bonneau, président de Région. « Si le projet était validé à Châteauneuf-sur-Loire, on capterait environ 350 élèves sur la pression à l’est d’Orléans mais on ne répondrait pas aux 100 élèves supllémentaires qui seraient à Orléans dans quelques années », argumente Catherine Münsch-Masset, vice-présidente régionale en charge de l’Éducation. Ce qui est « entendable ».

En revanche, ce qui l’est moins, ce sont les arguments de la rectrice de l’académie d’Orléans-Tours, Katia Béguin, pour justifier - entre autres - l’annulation du projet d’établissement à Châteauneuf-sur-Loire : « Les temps de transports seraient trop longs » entre la capitale régionale et le site de Châteauneuf-sur-Loire (moins de 30 km). Trop longs donc pour les lycéens métropolitains mais pas pour les élèves habitant en campagne ? 

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« Un diktat politique »

Autant dire que la nouvelle a fait l’effet d’une bombe à Châteauneuf-sur-Loire qui avait déjà préempté un terrain de 5 hectares. Le lycée devait accueillir 1.350 élèves attendus en 2026 dans le Loiret. Surtout que les arguments — chiffrées — ne manquent pas pour dénoncer « ce diktat politique qui a conduit à l’arrêt du projet », estime Sacha Berthe, membre de La France Insoumise (Châteauneuf-sur-Loire), dans sa pétition en ligne. Extraits : « Aujourd’hui, Châteauneuf est au centre de la quatrième Communauté de commune du Loiret. C’est la seule des six plus grosses à ne pas avoir de lycée. La métropole orléanaise possède déjà seize lycées (généraux et professionnels) pour une population “seulement” cinq fois supérieure à celle de la Communauté de communes des Loges. »

Le « local de l’étape », le député MoDem Richard Ramos, y va lui aussi de son propos pour le moins fleuri, rappelant à la rectrice que cette décision est « contraire aux plus récentes déclarations du Président Emmanuel Macron en faveur de la ruralité »  : « (…) Curieuse vision de l’aménagement du territoire d’une historienne qui regarde peut-être trop vers le passé et pas assez vers l’avenir, vers le futur d’un territoire dynamique aux entreprises innovantes, performantes et pourvoyeuses d’emplois. Curieux regard sur une jeunesse loirétaine à deux visages, où celle qui est urbaine ne doit surtout pas faire 20 km de trajet vers l’Est, tandis que celle qui est rurale doit se plier au même parcours vers l’Ouest et cela, sans sourciller (…). »

Le Front national, à l’échelle régionale, a également souligné, en séance plénière,« la douce hypocrisie de la construction d’un lycée en zone rurale, à Châteauneuf-sur-Loire (…) On nous explique benoîtement qu’il ne faut pas opposer les territoires entre eux mais la fracture sera bientôt inopérable ». 

Ce sujet est un véritable cas d’école que le maire DVD de Châteauneuf-sur-Loire, Florence Galzin, entend bien porter jusque devant la porte du ministère de l’Éducation nationale.

RZ