Le pure-player qui vous sort de votre quotidien

Le 21 Mai 2018, 03h10

Le député a justifié sur RMC son idée d’instaurer des quotas politiques dans les médias publics sur le fondement erroné d'une étude.

« Vous savez, il y a eu cette étude au lendemain de l’élection de François Hollande, qui démontrait que 96 % des journalistes avaient voté à gauche », Guillaume Peltier. 

RACCOURCIS - En fonction des élus qui les stigmatisent, les journalistes sont « tous de gauche » ou bien « tous de droite », même si la première assertion est plus répandue que la seconde dans la sphère politique. Invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, le mardi 6 février, Guillaume Peltier, conseiller régional du Centre-Val de Loire, député et vice-président des Républicains, a justifié sa volonté d’instituer des « quotas politiques » parmi les journalistes qui travaillent dans l’audiovisuel public en prenant appui sur une « étude » publiée au lendemain de l’élection de François Hollande et qui aurait démontré, selon l'élu, que « 96 % des journalistes avaient voté à gauche »

Dans sa rubrique « Les décodeurs », le journal Le Monde dénonce une « vielle intox » de la part du député du Loir-et-Cher et apporte des éléments de décryptage. Premièrement, le journal précise qu’il ne s’agissait pas d’une « étude » mais d’une « consultation », laquelle avait été commandée à l’institut Harris par la revue Médias, alors dirigée par Robert Ménard, maire apparenté FN à Béziers. Ensuite, et c’est la raison pour laquelle le terme de « sondage » est impropre, l’institut Harris a utilisé exclusivement le réseau social Twitter pour réaliser ce travail en partageant un questionnaire à destination des journalistes auquel « seulement » 105 membres de la profession ont réagi. « Nul besoin d’être un spécialiste en statistiques pour le savoir : 105 répondants ne constitue pas un panel suffisant pour un sondage, car les « marges d’erreur » - intervalles de confiance en l’espèce- sont bien trop importantes, de l’ordre de dix points », souligne le quotidien. 

 

 

Et puis, la question de la représentativité se pose également puisqu’en 2012, les journalistes qui utilisaient régulièrement Twitter étaient, pour beaucoup sans doute, des journalistes du web ou œuvrant dans la presse parisienne. Les journalistes de presse magazine, spécialisée ou régionale, qui forment le bataillon le plus important de la profession, étaient probablement sous-représentés.

fb36850_24530-1wibl0u.lswl.png

52% pour l'ensemble des candidats de gauche

Et puis, pour finir, lorsque l’on consulte ce document , on se rend compte qu’en additionnant les voix « de gauche » (Arthaud, Poutou, Mélenchon, Hollande, Joly), on obtient un total de 52 % et non de 96 % comme le prétend Guillaume Peltier. D’ailleurs cette même « consultation » indique que 55 % des journalistes interrrogés ont voté Hollande au second tour, 19 % Sarkozy tandis que 12 % se sont abstenus et 15 % ne se prononcent pas. Bref, Guillaume Peltier a repris à son compte des arguments qui n'avaient d'évidence aucune valeur scientifique. Difficile, dès-lors, de porter l'idée d'instaurer des « quotas  politiques » sur une base argumentaire qui n'est que militante.  

A. G.