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Le 11 Décembre 2018, 10h13

Jean-Paul Briand prend de la hauteur et se penche sur les questions de couche d'ozone et de gaz à effet de serre. Et nous permet d'y voir (beaucoup) plus clair. 

« Malheureusement, l’ozone est aussi un redoutable polluant de la troposphère qui est la couche atmosphérique dans laquelle nous demeurons », Jean-Paul Briand. 

C'EST DANS L'AIR - TRIBUNE, par Jean-Paul Briand (*) La lutte pour le climat inclut la protection de la couche d’ozone et le combat contre les gaz à effet de serre. Ce sont des sujets distincts. La diminution de la couche d’ozone a un effet sur le climat, mais n’est pas le premier facteur responsable du réchauffement de notre planète, qui est essentiellement en rapport avec l’effet de serre.

Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?

Ce qu’il faut préserver, c’est une certaine couche gazeuse de notre atmosphère.

« Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? » répliquait Arletty dans le film Hôtel du Nord de Marcel Carné sorti en 1938. Elle ignorait sans doute que l'atmosphère est divisée en plusieurs couches d'importance variable. Leurs limites sont fixées selon les variations de la température en fonction de l’altitude. Les plus importantes de ces couches sont la troposphère et la stratosphère :

  •  Nous vivons dans la troposphère où la température décroît avec l’altitude. Elle contient 80 à 90 % de la masse totale de l'air et la quasi-totalité de la vapeur d'eau. C'est dans cette zone que se produisent la plupart  des phénomènes météorologiques (vents, nuages, pluies, etc.) en rapport avec les variations de températures.
  • Au dessus se situe la stratosphère qui abrite une bonne partie de la couche d’ozone. C’est cette couche d’ozone qu’il nous faut désormais sauver. Pourquoi ?

L’ozone de la stratosphère est le seul constituant capable de nous protéger

L’ozone (O3), ou trioxygène, est un composé chimique possédant un troisième atome d’oxygène par rapport au dioxygène (O2), que nous nommons communément oxygène par vulgarisation. L'ozone forme dans la stratosphère une couche de13 à 40 km d'altitude qui intercepte plus de 97 % des rayons ultraviolets. L’ozone de la stratosphère est le seul constituant capable de nous protéger de ces particules énergétiques émises par le soleil qui détruisent les constituants complexes du vivant. C’est pourquoi il est nécessaire de préserver cette couche d’ozone stratosphérique. Or, des mesures effectuées en antarctique, démontrent une raréfaction intense de l’ozone stratosphérique détruit essentiellement par les chlorofluorocarbures (CFC). Les CFC sont des gaz aux caractéristiques très intéressantes. Ils sont inertes, très stables durant des centaines d’années, inflammables, faciles et peu onéreux à la fabrication, non toxiques et donc très largement utilisés dans l’industrie. La production des CFC a dépassé le million de tonnes en 1985.

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Malheureusement, l’ozone est aussi un redoutable polluant de la troposphère qui est la couche atmosphérique dans laquelle nous demeurons. Il attaque le système respiratoire, peut brûler les végétaux les plus sensibles et accélérer la corrosion de certains matériaux. Cet ozone de la troposphère est essentiellement d’origine humaine. C’est pourquoi il faut restreindre, voire interdire, toutes nos productions de basse altitude d’ozone. Cet ozone troposphérique est massivement formé à partir du dioxyde d'azote (NO2) émis par les pots d’échappements, les cheminées, les incinérateurs et les incendies de forêts.

Combattre l’effet de serre additionnel 

Dans la lutte pour le climat, il est nécessaire de combattre l’effet de serre additionnel. L’effet de serre (par analogie avec la serre du jardinier) est un phénomène naturel, indispensable à notre survie. Sans lui, on estime que la température moyenne à la surface de la terre serait à moins 19°C au lieu des 15°C que nous connaissons. L’activité humaine ajoute un effet de serre excédentaire qui s’additionne à l’effet de serre naturel. C’est ce déséquilibre qui est aujourd’hui responsable du changement climatique. Dans ce bouleversement du climat, plus que le réchauffement, ce sont les perturbations du cycle de l’eau et les événements météorologiques extrêmes, de plus en plus fréquents, qui ont des conséquences particulièrement dévastatrices sur les sociétés humaines.

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Le premier fautif de cet effet de serre additionnel est le gaz carbonique (dioxyde de carbone) provenant essentiellement de la combustion du bois (incendies et déforestation par brulis), du charbon, du pétrole, du gaz naturel qu’il faut chercher à limiter ou à substituer…

L'agriculture intensive et l'élevage sont aussi responsables de l'effet de serre additionnel dû aux émissions de méthane (une seule vache peut émettre 100 à 500 litres de méthane par jour) et de protoxyde d’azote, également destructeur de la couche d’ozone, provenant de l'épandage de lisier et d'engrais azotés. S'y ajoute la production de tous les autres gaz artificiels que l‘on retrouve dans les systèmes de climatisation, les bombes aérosols, les extincteurs.

Une double exigence nécessaire pour la survie des générations futures

En haute altitude, il faut préserver la couche d’ozone qui arrête les rayonnements néfastes.

Au niveau du sol, il est nécessaire de lutter contre la production de ce même ozone dangereux pour la santé mais qui contribue pour une moindre partie à l’effet de serre non naturel. Cette double exigence est cruciale pour la survie des générations futures. Elle a donné lieu d’une part à la signature du Protocole de Montréal, dans le cas de l’ozone stratosphérique (ce protocole ne concerne en rien l’effet de serre), et d’autre part au Protocole de Kyoto pour le changement climatique (qui ne concerne pas les gaz destructeurs de la couche d’ozone).

  • Le Protocole de Montréal est un accord qui fait suite à la convention de Vienne de mars 1985. Il a pour objectif de réduire et à terme d'éliminer complètement toutes les substances qui appauvrissent la couche d’ozone. Signé par 24 pays et par la Communauté économique européenne le 16 septembre 1987 dans la ville de Montréal, il est entré en vigueur le 1er janvier 1989. Le 15 octobre 2016, les états signataires du Protocole de Montréal ont paraphé un nouvel texte dans lequel ils promettent de mettre fin, d'ici à 2050, aux CFC.
  • Le Protocole de Kyoto est un traité visant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Signé le 11 décembre 1997 à Kyoto, au Japon, il est entré en vigueur le 16 février 2005. Ce protocole visait à réduire, entre 2008 et 2012, d'au moins 5 %, par rapport au niveau de 1990, les émissions des principaux gaz à effet de serre. Il a été complété en 2009 par la conférence de Copenhague puis en 2015 par la conférence internationale sur le climat de Paris (COP 21).

Les calendriers du Protocole de Montréal ont été respectés par la plupart des signataires et la dégradation de l’ozone stratosphérique régresse. Malheureusement, compte tenu des intérêts économiques en jeu, le Protocole de Kyoto et les conférences qui l’ont suivi sont bien loin d’avoir atteint leurs objectifs. La décision récente de Donald Trump de désengager les États-Unis (deuxième pollueur au monde derrière la Chine) de l'accord sur le climat de Paris peut faire boule de neige (la Russie n’a pas ratifié l’accord) et compromettre davantage ce plan contre les changements climatiques délétères. 

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La pression des mouvements citoyens

La lutte pour le climat s’est remarquablement concrétisée le samedi après-midi 8 septembre dans de nombreuses villes, dont Orléans, par une marche de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Dans cette continuité aura lieu samedi 15 septembre, à Orléans, les Journées environnement-santé. Le 16 septembre est la Journée internationale de la protection de la couche d’ozone.

Espérons que sous la pression de tous ces mouvements citoyens et afin de ne pas ternir leur image déjà bien entamée, les grandes banques et les multinationales, qui détiennent de fait les pouvoirs économique et écologique, se décideront enfin à agir afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre…

Jean-Paul Briand

(*) Jean-Paul Briand est un médecin à la retraite, ancien conseiller municipal d'opposition à Orléans après la défaite de Jean-Pierre Sueur (PS) en 2001, aujourd'hui citoyen engagé et impliqué dans la vie d'Orléans et notamment au sein de CitLab, un collectif de citoyens de la métropole orléanaise.