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Le 23 Novembre 2017, 23h03

Olivier Carré a-t-il déjoué les mauvais pronostics, plus d'un an après avoir étendu le stationnement payant dans le centre-ville d'Orléans ?

« Une ville sans voiture est une ville bobo, à l’image de Paris. C’est exclu à Orléans », Olivier Carré.

DROIT DE CITÉ - Depuis un an et demi, le stationnement est devenu payant sur l’ensemble du centre-ville d’Orléans. Sans compter l'augmentation des tarifs de stationnement, dès début 2016, atteignant les 50 centimes d’euro le quart d’heure, avec des durées variables selon que l’automobiliste soit plus ou moins proche de l’hypercentre. D'emblée, la mise en œuvre de cette politique locale n'a pas suscité grande adhésion. Et c'est le moins que l'on puisse dire. 

D’un côté, les commerçants déploraient la baisse de fréquentation du centre-ville, « mauvaise pour le commerce », pointant de l’index le coût « trop onéreux » du stationnement, ainsi que l'éternelle « course contre-la-montre » entre leurs clients et « l’horodateur » ; de l’autre côté, les automobilistes ralaient contre ce nouveau coup au porte-monnaie et avaient, comme souvent, le sentiment d'être « des vaches à lait ». Sans parler des amendes à l’adresse des contrevenants ayant « malencontreusement oublié » de s’acquitter de leur ticket de stationnement dans les nouvelles zones payantes ou encore de ceux pris en flagrant délit de dépassement horaire.  

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Avec le recul, la rédaction d’apostrophe45 s’est penchée sur les raisons, somme toute politiques, du maire d’Orléans d’opter pour l’extension du stationnement payant dans le centre-ville mais aussi sur les mails et dans les quelques rues de l’hyper-centre qui étaient encore épargnées. Les interrogations, à des fins pédagogiques bien sûr, ne manquent pas : 50 centimes d'euro le quart d'heure, comment ce tarif a-t-il été fixé ? Quel est concrètement l’intérêt d’étendre le stationnement payant, alors que le centre-ville, - à l’instar de la majeure partie des centre-villes de France - cherche à recouvrer un vrai dynamisme, une attractivité et, par conséquent, une fréquentation à la hauteur d'une capitale régionale, devenue aujourd'hui métropole ? Enfin, cette politique est-elle vraiment payante ?

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En mars 2016, l’annonce d’étendre le rayonnement du stationnement payant jusqu’aux boulevards a donc fait tousser les Orléanais qui avaient alors connu quelques mois plus tôt une augmentation des tarifs, passant de 40 centimes d’euros à 50 cents. Mais comment ce tarif est-il fixé ? « On a regardé les villes figurant dans une strate et qui ont un centre-ville avec un bassin d’environ 300.000 habitants, ainsi qu'une zone de chalandise sensiblement équivalente à celle d’Orléans, explique Olivier Carré. Dans ces villes de même strate, le coût du stationnement au quart d’heure évolue entre 40 cents et 60 cents. Il n’y a que trois villes qui étaient en dessous de 40 centimes : Orléans et deux autres, dont l'une est nettement plus petite. On a alors fait la moyenne des moyennes pour fixer un tarif à 50 centimes d’euro le quart d’heure, précise-t-il. Ça donne une idée du coût du stationnement qui est de 2€ de l’heure. Ce qui représente 40 centimes d’augmentation par heure. En valeur relative, c’est une hausse, pas en valeur absolue où c’est à relativiser. » D'autant que « ces tarifs ne devraient plus bouger pour longtemps », si l’on en croit le maire (NDLR : sur le plan tarifaire, la Ville propose un large panel d’abonnements à l’adresse des usagers).

La ville « pratique et intelligente »

En août 2016, la Ville d’Orléans a décidé de mettre en place le PayByPhone, un nouveau procédé « très pratique » de paiement à distance du stationnement. Il s’agit-là d’une application à télécharger qui offre la possibilité de payer son stationnement « à l'avance » par téléphone ou par Internet, sans se déplacer jusqu'à l'horodateur « mais également de prolonger la durée de stationnement, là encore, à distance ». 

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«Sortir du centre-ville entre 25 et 30% des voitures-ventouses »

Le principal argument invoqué par Olivier Carré, maire d’Orléans, c’est qu’« il devenait nécessaire d’avoir davantage de rotations et moins de voitures-ventouses sur le centre-ville et sur les mails ». L’objectif comptable avoué par l’élu était « de sortir du centre-ville entre 25 et 30% de ces voitures » parquées pour une durée plus ou moins longues. Toutefois, de 19 heures à 9 heures du matin, les 2.900 places de parking payantes sur la voirie sont restées gratuites durant la pause méridienne (12 heures/14 heures), de sorte qu’une personne qui part travailler avant 9 heures et qui rentre chez elle après 19 heures n’aura pas à changer ses habitudes. « Sauf qu’elle aura maintenant de la place près de chez elle puisque les voitures ventouses auront disparu », déroule le maire d’Orléans. Ainsi, un quart des places gratuites d’Orléans a été libéré, engendrant de facto des rotations. Ce qui, en théorie, est préférable pour le commerce. Donc pour l’économie. 

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Résultat immédiat de cette politique en matière de stationnement, un effet répulsif du centre-ville sur les tout premiers mois après l’application de la hausse des tarifs de stationnement (1er janvier 2016). « Puis, ça a été avalé », assure Olivier Carré. Idem pour l’extension du stationnement payant à l’ensemble du centre-ville. Autrement dit, on a assisté assez rapidement (dès juin 2016) à un retour à la normale de l’ensemble de la fréquentation « avec même plus d’heures de voitures en zones payantes », précise le maire. « Aujourd’hui, il n’y a plus d’embouteillage en centre-ville et on peut y stationner assez facilement. On a aussi la capacité d’absorber encore un peu plus de stationnements grâce aux parkings sous-terrains, lors de certaines périodes. Ces derniers sont prévus pour être toujours sur-capacitaires. » Il faut dire que les parkings en ouvrage sont légion en centre-ville d’Orléans, ce qui n'est aps le cas dans toutes les villes de « même strate ». Parallèlement, s’est ajoutée « une légère augmentation des déplacements en transport en commun (le tram) ».

« Le flux motorisé n’a d’ailleurs pas diminué à Orléans »

Pour Olivier Carré, « tout est toujours question d’équilibre ». Le tout est de trouver le bon. C’est-à-dire donner la possibilité de venir en voiture en centre-ville d’Orléans et d’y trouver une place de stationnement, tout en fixant des tarifs qui, sans être prohibitifs, soient de nature à réguler le flux des entrants et des sortants. « Le flux motorisé n’a d’ailleurs pas diminué à Orléans, constate le maire. Une ville sans voiture est une ville bobo, à l’image de Paris. C’est exclu à Orléans. » 

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D’après l’édile, les problèmes d’attractivité auxquels sont confrontés les centre-villes de France, au profit le plus souvent des centres commerciaux périphériques (qui perdent toutefois 5% de fréquentation par an, NDLR), sont moins liés au stationnement payant qu’à un manque de dynamisme des commerçants eux-mêmes. « Au-delà des revendications que j’ai pu entendre de la part des professionnels du secteur, le stationnement est souvent un exutoire à tout un tas d’autres problèmes » liés notamment à la façon de faire vivre le commerce et donc de rendre attractif l’hypercentre.

La Ville d’Orléans entend alors accompagner, autant que faire se peut, les commerçants en matière d’opérations commerciales, d’animations et même de services rendus aux usagers, à l'instar des plus grandes métropoles françaises (conciergeries, magasins éphémères, accès rapides, ouverture des commerces le dimanche et entre 12 h et 14 h les autres jours de la semaine, des écrans digitaux serviciels, des infos en temps réels, etc.). C’était justement tout l’enjeu des dernières Assises nationales du centre-ville qui se sont déroulées en juin dernier à Orléans.

« Le stationnement payant en centre-ville était obligatoire », Pierre Creuzet

L’occasion pour le collectif Centre-Ville en Mouvement (groupement d’élus et de parlementaires), présidé par Pierre Creuzet qui œuvre« pour le renouveau des cœurs de villes » de déclarer  à propos d’Orléans : « Ce n’est pas un hasard si nous sommes réunis, ici, cette année (…) Le centre-ville, c’est une alchimie, une question d’équilibres. Il faut permettre à la population d’y vivre. Et à Orléans, il y a une vraie politique de mise en place. La place réservée aux piétons donne envie de venir en centre-ville, de s’y balader, d’y prendre un pot, de se cultiver et d’y consommer (…) » Nul doute qu’à cet instant, Olivier Carré, critiqué un an plus tôt pour sa politique du stationnement payant, buvait du petit lait.

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Pierre Creuzet.

En conclusion, Pierre Creuzet, qui n’est pas Orléanais mais spécialiste des problématiques urbaines, estimait que «pour une ville aussi importante qu’Orléans, le stationnement payant en centre-ville était obligatoire, en raison du sempiternel problème de rotation des véhicules (…) Pour autant, j’ai vu des rues pleines de voitures dans le centre d'Orléans. Les gens viennent, consomment, flânent... Ce qui donne de l’eau à mon moulin, puisque j’affirme qu’il y a, aujourd’hui, un retour des Français vers les centre-villes. Enfin, au-delà de la seule problématique du stationnement, il doit exister une complémentarité entre les commerces de centre-ville et ceux des grands centres périhépriques.» Le fameux équilibre donc.

Autant d'arguments qui donne envie de s'arrêter dans cette ville, voire d'y stationner.

Richard Zampa