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Le 21 Février 2018, 22h07

Désormais sans étiquette, ancien LR et Macron-compatible affirmé, le maire d'Orléans pourra-t-il éviter des listes LR et/ou LREM en 2020 ? 

« Il va être bien compliqué pour Olivier Carré de marcher sur deux jambes, l'une LR, l'autre LREM », résume cet élu de la majorité.

GRAND ÉCART - Encore si loin, mais déjà si proche. Le scrutin municipal de 2020 qui semblait une échéance politique tellement éloignée est désormais en ligne de mire à en juger, du moins, par les positionnements de certains élus et militants, positionnements qui ressemblent déjà à des actes de candidature. 

L’écologiste Jean-Philippe Grand, conseiller régional et conseiller municipal d’opposition à Orléans depuis 2008, a été le premier à dégainer et à revendiquer des ambitions politiques pour Orléans en 2020. « J’ai envie d’y aller mais l’envie ne fait pas tout », a ainsi lâché l’élu au micro de l’émission politique Controverse, lundi 5 février, sur France Bleu Orléans, co-animée par la rédaction d’apostrophe45. Et, à l’heure où les étiquettes politiques se décollent plus rapidement encore qu’une vignette autocollante, l’élu orléanais a annoncé qu’il n’était plus très loin de quitter EELV, non pour des raisons idéologiques, mais parce qu’il était exaspéré par les manœuvres des uns et des autres pour décrocher des investitures en vue des européennes.Et d’ajouter que si, à titre personnel, il excluait de rejoindre La République en Marche!, il accueillerait en revanche les bras grands ouverts des militants et membres du mouvement d’Emmanuel Macron sur la liste qu’il espère constituer dans deux ans. 

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Emmanuel Macron, lors des fêtes de Jeanne d'Arc, à Orléans, en mai 2016. Être Macron-compatible ne sera peut-être pas suffisant pour lui éviter une liste LREM à Orléans en 2020. (Photo. apostrophe45)

Autre candidat sans étiquette aujourd’hui, déclaré pour 2020, le maire d’Orléans, Olivier Carré, bien sûr, ancien LR, qui a quitté le navire après le naufrage filloniste de la présidentielle. Olivier Carré a-t-il pris un risque politique en quittant subitement sa famille politique ou a-t-il fait un choix stratégique habile ? Au moment où il a pris cette décision, il était évidemment bien difficile de dire dans quel sens le vent politique allait souffler. Pour se prémunir de toute bourrasque, le maire dOrléans et président de la métropole avait immédiatement indiqué qu’il n’avait aucune hostilité à l’adresse d’Emmanuel Macron et qu’il trouvait même certains éléments de son programme intéressants, au même titre qu’il adhérait à sa démarche de vouloir rassembler toutes les hommes et femmes de bonne volonté, sans considération des fameuses étiquettes politiques. De sorte qu’aujourd’hui, comme le notent nos confrères d’Europe 1 qui ont dressé, jeudi 8 février, la carte politique des grandes villes de France sur lesquelles La République en Marche! a des visées de conquête municipale, la cité johannique pourrait être épargnée du fait du positionnement du maire d’Orléans, qui « a toujours exprimé beaucoup de sympathie à l’égard d’Emmanuel Macron », précise Europe 1. Rien ne dit, pour autant, que cette neutralité bienveillante suffira à mettre le maire actuel à l’abri d’une liste LREM. D’autant qu’il ne suffira manifestement pas d’être Macron-compatible pour être épargné.

« Les "Macron-compatibles" identifiés devront suivre des formations "En Marche" pour prouver leur loyauté, adopter le bon vocabulaire »

« Les "Macron-compatibles" identifiés devront suivre des formations "En Marche" pour prouver leur loyauté, adopter le bon vocabulaire », explique nos confrères d’Europe 1. Pas sûr qu’Olivier Carré, après une longue carrière politique passée au sein de la droite, accepte cette « mise à niveau » macroniste. D’autant, qu’il sait que sa situation relève d’un jeu d’équilibriste bien difficile à tenir. Plus il donne des gages d’adhésion à LREM, plus il s’éloigne de manière irréversible des Républicains entre les mains aujourd’hui d’un Laurent Wauquiez qui a donné un nouveau cap très droitier au parti. Or, en quittant Les Républicains, Olivier Carré s’est mis à dos nombre de ses « amis » et soutiens politiques, très critiques aujourd’hui localement à son encontre, de sorte qu’il aura bien besoin de Serge Grouard, toujours impliqué dans la vie du parti à l’échelle nationale, pour décourager les uns et les autres de partir à l’assaut de la mairie et de constituer une liste concurrente. N’ayant plus de mandat national, le maire d’Orléans s’est totalement coupé, qui plus est, de relations parisiennes, et d’un réseau politique dont il est toujours utile de connaître les petites et grands desseins. 

Pour une adjointe à culture ouvertement favorable à Macron, combien d’autres à des postes tout aussi centraux sont restés fidèles à leur camp ? 

Et même au sein de sa majorité actuelle, l’opposition entre les Macron-compatibles et ceux restés indéfectiblement fidèles à LR, qui fragilise inévitablement la cohérence de l’exécutif, risque fort de s’exacerber au fil des mois et de créer une situation politique peu propice au rassemblement en 2020. Car pour une adjointe à culture comme Nathalie Kerrien, ouvertement favorable à Macron, combien d’autres à des postes tout aussi centraux - Olivier Geffroy à la sécurité, Michel Martin aux finances, Muriel Sauvegrain aux ressources humaines, Florent Montillot aux affaires scolaires - sont restés fidèles à leur camp, LR ou UDI, et ne comptent pas se laisser séduire par les sirènes de LREM. Et de l’autre côté, comment penser que les trois députés LREM-Modem élus dans le Loiret en juin dernier - et peut-être un quatrième lors de la législative partielle dans la quatrième circonscription fin mars prochain - ne mobiliseront pas l’état-major parisien pour que la ville centre revienne aux mains d’un maire ouvertement pro-Macron afin de casser leur « solitude » sur le terrain et favoriser l'ancrage du mouvement dans les collectivités ? « Il va être bien compliqué pour Olivier Carré de marcher sur deux jambes, l'une LR, l'autre LREM », résume cet élu de la majorité. D'autant qu'elles ne vont clairement pas dans la même direction... 

A. G.